Jeudi 8 février 2007- 20h30 CRDP de Grenoble : "En France les anglais roulent à droite"

Projection en présence de la réalisatrice Aurélie Grospiron et de Méa-Pech-Métral

C'est un documentaire de 80 minutes qui retrace l'intinéraire de Méas Pech-Métral, cambodgienne réfugiée en France. La caméra la suit dans ce travail de mémoire où elle revit son enfermement dans les camps des Kmers rouges de 8 à 18 ans et d'où elle a pu s’échapper pour venir en France.

Ce film montre une femme fascinante, qui a su transformer sa douleur en une incroyable force créatrice et vitale. Le spectateur accompagne Méas durant son voyage retour au Cambodge en 2005, dans sa mémoire et celle d’un peuple meurtri et pourtant debout. Enfant sous le régime des Khmers rouges au Cambodge, elle a réussi à fuir, et à refaire sa vie en France. N’ayant jamais eu accès à l’éducation, c’est avec sa volonté et l’aide de quelques personnes qu’elle arrivera à se faire son éducation, apprendre à lire et à écrire, pour pouvoir, un jour, coucher ses souvenirs sur le papier.

Ce film est l’histoire de cette femme et de son retour dans un pays qui lui est devenu étranger. Un pays qui a du mal à se relever, et à oser revenir sur son passé. A travers son témoignage et ceux des personnes retrouvées ou rencontrées lors de ce voyage, c’est une partie de l’Histoire que nous essayons de comprendre.

Extrait d'une critique :

La force du documentaire, et sa difficulté, c'est que l'on filme non des personnages mais des personnes.

Et le parti-pris d'Aurélie a été bien sûr de capter des visages et des paroles in situ, et de montrer la difficulté du travail de mémoire au Cambodge, du travail de deuil. Elle n'obtiendra pas d'aveux d'anciens Khmers rouges, elle sera confrontée au silence, au mensonge, au non-dit. Et c'est là qu'Aurélie accomplit son travail de cinéaste: dans cette façon de s'attarder non pas sur les événements mais sur les vides, les trous béants de la conscience, sur le non-dit, immense partie immergée sous le dit et le montré.

On peut citer pour exemple ce remarquable plan-séquence où Méas, interrogeant le paysage de son enfance, a ce désarroi dans le regard et ces hésitations dans la voix: la caméra fixe longtemps cette émotion, ne nous laisse pas nous échapper, nous met face à l'indicible et c'est bien après qu'elle conclut par un panoramique sur le paysage, métonymie du Cambodge tout entier.Tout le style du film est là: dans cette attention extrême à l'humain, à ce qui ne peut se dire, dans cette frustration partagée des acteurs et des spectateurs à trouver des réponses au pourquoi des choses. Tout le montage est guidé par cet aller-retour Méas-Aurélie, à la fois proche et distant, relayant émotion et réflexion. Deux regards, un livre,une œuvre de cinéaste."...

Serge Vincent - Professeur de lettres et cinéma, Lycée Charles Baudelaire, Cran-Gevrier.

Note de Cinéduc : Ce film présente un intérêt pour les élèves et les enseignants notamment d'histoire, de géographie, de philosophie, Ecjs... à un moment où l'on reparle du procès des auteurs de ce génocide.